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Et si on demandait la lune ?

Et si on demandait la lune ?

Les yeux sont souvent mi-clos, ça baille à foison, et le réveil a de plus en plus de mal à nous faire émerger... Mais aujourd’hui c’est création et dès que les artistes sont lâchés sur la piste, il n’est plus question de fatigue. Le thème a été décidé collectivement : nous tenterons d’aller sur la lune...
Le matin, après un jeu de jonglage initié par Fadi, frère de Shadi et entraineur de l’ECP de retour depuis quelques jours en Palestine après une année de formation à Turin, la recherche s’est effectuée en trois groupes, toutes disciplines confondues.
Avant le repas, le fruit du travail était présenté. L’ambiance lunaire promet une bonne dose d’absurde...

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L’après-midi commençait par une séance de danse, car nous voulons en inclure dans le spectacle. Puis c’est par spécialités qu’on approfondissait la création des numéros autour des acro-portés, du mât chinois, du jonglage et des aériens.

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L’accent était mis sur la recherche technique, et paradoxalement c’est ainsi qu’on obtint les résultats les plus concrets et exploitables pour le spectacle. Après les présentations du soir et un petit topos sur l’excursion du lendemain à la Mer Morte (ne vous rasez pas !!!), un petit service nous était demandé :
plier les flyers du spectacle, imprimés, et coller les corrections suite à une erreur d’horaire pour une date...

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Nous nous y mîmes promptement, mais il était déjà l’heure de manger, la journée étant passée très très vite sans que nous nous en rendions compte. Nous étions loin d’avoir fini, puisqu’il y-avait 5800 affiches...
Nous avions rendez-vous après dîner pour une rencontre avec un réalisateur israélien et un homme d’affaires américano-palestinien, pour parler de la campagne BDS, boycott désinvestissement sanction, une réponse non-violente et citoyenne à la politique d’occupation des Israéliens. Après un rappel du contexte (le sionisme, 1948, 1967...), l’échange fut ouvert. Le réalisateur israélien nous expliqua que soutenir la cause palestinienne était pour lui la meilleure manière d’assumer sa judéité. L’Ecole de Cirque de Palestine, comme de nombreux acteurs culturels palestiniens, travaille volontiers avec les Israéliens pour peu qu’ils soient engagés contre la politique d’occupation.

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La porte est fermée pour les autres, c’est le principe du boycott, qui ne s’applique pas qu’au secteur culturel, bien au contraire, mais à toute l’économie marchande. Selon lui, tant que tel Aviv pourra afficher sa vitrine "cool" (la fête, l’acceptation de l’homosexualité...), l’opinion israélienne et mondiale pourra choisir de ne pas voir ce qui se passe ici, et les gouvernements israéliens pourront continuer leur glissement dangereux. Pendant que nous discutions, la knesset (le parlement israélien) adoptait une loi interdisant d’appeler au boycott...

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Des étudiants palestiniens qui assistaient à la rencontre nous interpellèrent sur notre inaction : pourquoi ne pesons nous pas sur nos gouvernements, pourquoi nous ne faisons rien ? Le jugement est un peu dur, on est là, on fait ce qu’on peut, on apprend. Si nous sommes de plus en plus sensibles à l’injustice que subissent les Palestiniens, nous réagissons toujours à ce discours culpabilisant, et je m’en réjouis. Nous ne buvons pas les paroles de nos interlocuteurs comme du petit lait. Shadi l’a d’ailleurs reprécisé : il ne tient pas à non convaincre de quoi que ce soit, juste à nous informer. A nous ensuite de tirer les conclusions qui s’imposent.
Mais se montrer critique ne consiste pas à nier la réalité objective d’une situation atroce. Notre intervenant palestinien, par exemple, nous a raconté l’histoire de son père. Ce dernier était aux Etats-Unis lorsque Israël a décidé d’attribuer un permis de résidence aux Palestiniens, ce qui signifie qu’ils étaient résidents, et non pas citoyens, de leur propre pays. Absent à ce moment-là, il ne put plus rentrer chez lui avant de longues années, quand il eut obtenu la citoyenneté américaine et qu’il put venir visiter en touriste le lieu où il avait vécu jusque Si ce n’était pas dramatique, ça pourrait être drôle...

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Plus prosaïquement, je me suis rendu compte que l’outil d’analyse des visites de ce blog, édité par google, ne comptabilisait pas celles émanant des territoires palestiniens. Et bien non, Google a choisi de ne pas considérer un pays qui "n’existe pas".
En septembre, les Palestiniens demanderont unilatéralement la reconnaissance de leur Etat à l’ONU. La tentative est assurément vouée à l’échec, puisque les Etats-Unis y opposeront leur véto comme à chaque décision qui pourrait contraindre Israël...

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La discussion battait son plein quand Shadi dut l’interrompre pour laisser repartir nos invités. Nous la continuâmes entre nous, avec Jessika, avec Shadi, jusqu’à tard dans la nuit. Et ce matin, au petit déjeuner, les mêmes questions alimentaient la conversation. Nous arrivons à la moitié de notre séjour, et la perspective de notre retour commence à apparaitre. Qu’allons nous faire de tout ce que nous vivons au delà de ce séjour ?

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Nous étions venus un peu naïvement faire du cirque, pas de la politique. A voir l’engouement que chacun exprime pour le débat qui nous anime, les cartes ont été rebattues. La question palestinienne, comme le soulevaient nos interlocuteurs, dépasse le cadre strict des frontières (non-officielles) des territoires occupés. Il s’agit du fonctionnement de nos démocraties, de nos médias, de notre rapport à la justice.

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Toute notre problématique va consister à ne pas ramener avec nous le conflit israélo-palestinien (il y-a des Israéliens au Lido, et personne ne veut les condamner pour ce qu’ils sont, ni dans notre groupe ni au sein de l’ECP), tout en restant nourri, dans notre vie comme dans notre future carrière artistique, par la soif de justice qui habite la Palestine.


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